La quête de sens au travail dans le cadre d’une transition professionnelle relève avant tout d’une démarche individuelle

Dans le cadre de la Semaine pour la Qualité de Vie au Travail organisée chaque année par l’ANACT, Agnès Marotte, Senior Executive Coach, nous livre ses réflexions sur la quête de sens au travail, thématique de cette année…

Le chiffre parle de lui-même :

92% des salariés souhaitent « donner du sens à leur travail ». Cette volonté de se sentir utile est si importante que 42% d’entre eux envisagent une transition professionnelle, selon une récente étude menée par Audencia en partenariat avec jobs_that_makesense.

En tant que coach, je rencontre évidemment souvent cette quête de sens, indémêlable d’une recherche d’épanouissement professionnel et plus largement d’un désir de réussir sa vie chez les gens que j’accompagne.

Ce que je peux affirmer, c’est que cette quête est également bien présente chaque jour dans mon travail. Accompagner ces personnes sur le chemin d’une reconversion ou d’une prise de fonction élargie, les aider à surmonter une difficulté ou encore leur apprendre à devenir résilient après un burn-out sont d’autant d’exemples où, de façon concrète, mon travail me permet de me reconnecter avec le sens qui me guide profondément : aider les autres à trouver la voie qui leur convient.

En septembre dernier, les dirigeants et les managers ont dû relever un challenge de taille : remettre du sens dans le quotidien de leurs collaborateurs revenus physiquement dans les bureaux après des mois de pandémie, deux confinements et la généralisation du télétravail… Des collaborateurs souvent en recherche d’un alignement ou de congruence, à savoir une adéquation entre ce qu’ils souhaitent que le travail leur procure comme bénéfices et les valeurs auxquelles ils sont attachés.

Ce fameux sens au travail, comment le trouver (ou le retrouver quand on l'a perdu), me demande-t-on souvent...

Il n’y a évidemment pas de recette magique ou de solution toute prête tant le travail recouvre des  représentations différentes pour chacun !

Pour les uns, il est vécu comme un moyen d’acquérir une position sociale, comme une forme d’ascension ou d’émancipation. C’est souvent le cas en début de carrière mais pas seulement :  le travail permet avant tout des perspectives d’évolution intéressantes.

Pour d’autres, plus détachés des contingences matérielles, le travail est perçu comme un lieu de développement personnel, d’enrichissement constant où l’on peut se former, apprendre constamment de nouvelles choses ou encore innover.

Enfin, pour d’autres encore, le travail rime avec impact : on peut travailler pour laisser une trace ou par désir d’avoir une utilité sociétale. C’est le cas de ceux qui s’engagent à défendre une cause dans une association ou qui optent pour une entreprise à impact positif.

Les cadres dirigeants expriment souvent une envie intense de se réaliser pleinement.

À travers mon travail de coaching, je rencontre une population plutôt privilégiée de cadres dirigeants aux désirs plus sophistiqués. Pour eux, le travail n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie ou de payer ses factures. Ayant comblé beaucoup de leurs besoins, ils expriment souvent une envie intense de se réaliser pleinement.

Je suis ainsi témoin de ce qu’on appelle le processus d’individuation chez les gens que j’accompagne et qui ont dépassé la quarantaine. De façon assez classique, dans la première partie de leur vie, comme beaucoup d’entre nous, parfois par conformisme, ils ont poursuivi un schéma prédéfini consistant à fonder un foyer et à faire carrière. Puis dans la deuxième moitié de leur vie, ils se tournent vers eux-mêmes, dans une quête plus intérieure et en viennent à se poser cette question essentielle : « au fond, de quoi ai-je envie pour moi ? Pourquoi je me lève le matin ? » Voire, « quelle est ma mission sur terre ? »

Il est important de souligner que le sens au travail change au fil du temps : après 20 ans dans un même secteur, il n’est pas rare d’avoir envie de transmettre une expérience plutôt que de continuer ‘à faire du chiffre’…

Le sens au travail relève avant tout d’une démarche individuelle. Il est essentiel de se responsabiliser et ne plus attendre que les autres – les managers ou l’organisation - donnent du sens à notre travail.

Cela passe par un chemin de développement personnel pour lequel il est important d’être accompagné : en transition professionnelle on retrouve du travail deux fois plus vite en étant coaché !

Encore faut-il se poser les bonnes questions

« Qu’ai-je envie de faire, quels sont mes motivations profondes, à quoi (et comment) ai-je envie de contribuer…? Qu’est-ce que j’ai envie de laisser derrière moi ? Et dans quel environnement ai-je envie de passer les 5, 10 ou 15 ans à venir ? » …

Quand, grâce à un regard extérieur d’un coach, on a maturé sa réflexion en répondant à toutes ces interrogations et qu’on s’est responsabilisé face à ses propres choix, un alignement se présente et le monde bouge autour de soi.

J’ai récemment accompagné dans sa transition professionnelle, entre autres, un cadre dirigeant d’une grosse entreprise dans le secteur de la grande consommation. Au début de sa réflexion, il pensait redevenir salarié ou se lancer dans le consulting… Après avoir réfléchi à ce qui avait du sens pour lui, il s’est rendu compte qu’il ne voulait plus dépendre d’un patron. Il souhaitait ‘vendre’ un produit qui non seulement lui plaisait mais perpétuait un certain savoir-faire du terroir français. Guidé par nos échanges et discussions, il s’est formé à la reprise d’entreprise et n’a pas hésité longtemps à sauter le pas. Entouré d’une dizaine de personnes auxquelles il donne du travail, il est aujourd’hui parfaitement heureux après être retourné dans sa région d’origine, dans le Sud de la France, où il a repris une petite entreprise locale…

Une belle manière de trouver un sens à son quotidien et pouvoir transmettre à son tour peut-être cette entreprise qu’il a contribué à faire croître.

 

Agnès Marotte

Executive Coach