Le bénéfice du déséquilibre : oser être soi

Ce que nous propose le monde aujourd'hui nous provoque. Ce que nous propose le monde aujourd’hui nous provoque et il devient sensé pour chacun de s’inventer à nouveau. Nous sommes poussés hors des sentiers battus et ces contextes inconnus favorisent souvent : d’oser être pleinement soi avec nos différences, d'être créatif, de prendre le temps, de réfléchir, d’essayer et même de se tromper, d’agir seulement en accord avec nos convictions nos valeurs.

Le regard de l’autre, de la société, de nos managers passe en seconde lecture car nos émotions nous poussent à nous écouter plus, à offrir plus de nous-même aux systèmes dans lesquels nous gravitons. Être soi et oser vivre notre unicité est alors un bénéfice issu, ici, de cette période contrainte et contraignante.

Je me souviens d’une phrase lue dans ce magnifique ouvrage de Christian Bobin, Ressusciter. : « Que les gens disparaissent est au fond moins surprenant que de les voir apparaître soudain devant nous, proposés à notre cœur et à notre intelligence. Ces apparitions sont d'autant plus précieuses qu'elles sont infiniment rares. La plupart des gens sont aujourd'hui si parfaitement adaptés au monde qu'ils en deviennent inexistants. »

Aujourd’hui, plus d’entre nous s’expriment sans faire attention à plaire ou déplaire, plus d’entre nous agissent sans rechercher de reconnaissances. Nous sommes là où nous devons être. Vivre ces apparitions ravit mon cœur, le vôtre aussi j’imagine.

 

Un défi de taille pour les organisations.

Il reste un défi de taille : que les organisations, lorsque le temps sera venu de réintégrer ces personnes, leurs donnent leur juste place.

Je souhaite que le système, ainsi provoqué par tant d’apparitions d’expressions humaines sincères, bouscule ses modèles et ose le déséquilibre : changer ses repères, réévaluer, prioriser ses valeurs et les appliquer.

Certaines personnes et certaines organisations voudront coûte que coûte retrouver un équilibre (illusoire) dans un monde qui n’en propose finalement jamais aucun. Notre équilibre et celui de nos organisations passe par le déséquilibre apparent comme l’est un balancement. Là encore Christian Bobin m’éclaire :

« Balancement est un joli mot, parce que je vois tout d’un coup une balançoire d’enfant. Comme si, peut-être, notre âme était un petit enfant sur une balançoire. De temps en temps, ses pieds touchent le ciel, et de temps en temps, ses pieds frôlent le sol.

Ce serait peut-être la main des épreuves. La main bénie des épreuves, qui nous envoie tout d’un coup au ciel, et qui nous empêche aussi parfois de tomber. Qui fait qu’il n’y a pas vraiment de position stable, dans cette vie.

Et que celui qui ne parle que du ciel a tort, et que celui qui ne parle que de la terre a tort, parce qu’ils oublient l’autre moment. La justesse serait de restituer toutes choses, de façon à ce que le mouvement continue sans fin. »

 

Chercher une position stable dans cette vie est utopique.

Le monde ( illustré par la balançoire) bouge de façon perpétuelle. Pour chacun d'entre nous il y a une bonne nouvelle, il existe de multiples façons de tenir en équilibre sur une balançoire.

La balançoire, l’âme de l’être humain qui est assise dessus, l’endroit où cela se passe, en intégrant le vent, la température, le visible et l’invisible, tout est important. Enlever, pour la stabilité du « système » tout entier, l’une des composantes offrirait c’est certain la chute de l’être. Tenir compte de l’équation dans sa globalité est le seul prérequis pour ne pas tomber.

C’est à nous (chacun selon notre rôle) de proposer, de bouger et de faire ainsi bouger nos organisations et nos systèmes afin qu’ils portent et appliquent les valeurs qui permettent la pérennité de l’équation avec une juste place pour chaque élément (tous essentiels).

Il existe déjà de bons exemples, ils nous montrent la voie, suivons-les c'est réaliste.

 

Marie Augereau