Les Quatre Accords Toltèques en transition professionnelle.

Je ne suis pas un grand fan des livres de développement personnel. Je suis enthousiaste et motivé en les lisant, puis je les oublie aussitôt. Dans son excellente parodie du genre « Stand Firm », le suédois Svend Brinkmann nous les déconseille et nous propose de lire plutôt des romans, plus apprenants sur la vie et nous-mêmes. Je suis assez d’accord avec Svend.

Cependant, de temps en temps un rare ouvrage capte mon attention, et les Quatre Accords Toltèques en fait partie. Publié en 1997 par le mexicain Miguel Ruiz, fils de chaman toltèque, il a été traduit en 40 langues et s’est vendu à des dizaines de millions d’exemplaires. Pour moi, son génie réside en grande partie en sa simplicité, car il se résume en 4 maximes, facile à retenir : avoir toujours la parole impeccable, ne jamais prendre les choses personnellement, ne jamais faire de suppositions, et toujours faire de son mieux. Cela semble simple, voire simpliste, mais en creusant on s’aperçoit que c’est plus subtil et étonnamment puissant, et que respecter ces 4 conseils peut être un chemin vertueux de toute une vie. Si vous n’avez pas lu ce livre, je vous le conseille. Et que vous l’ayez lu ou non, je vous propose une petite démonstration de sa pertinence lorsqu’on cherche sa voie professionnelle.

1. Que votre parole soit impeccable

Autrement dit, Ruiz nous propose de parler avec intégrité, de ne dire que ce qu’on pense vraiment. On ne doit pas non plus utiliser la parole contre nous-mêmes, ni pour médire autrui, car la parole est un outil puissant que nous devons maitriser, en évitant le mensonge et la critique.

Dans un parcours de transition, la relation est primordiale, car notre succès dépend en grande partie de notre capacité à créer des rapports sains et positifs avec nos interlocuteurs, qu’il s’agisse de nos amis, de notre réseau, des professionnels du recrutement ou de nos futurs collègues ou associés. Et dans ces relations, notre parole est une arme puissante. Ne jamais mentir sur notre parcours, nos diplômes, nos compétences ; les mensonges finiront toujours par se retourner contre nous. Ne jamais critiquer nos anciens employeurs ; l’effet est toujours négatif pour nous. Et, encore plus fondamental, ne jamais se dévaloriser par peur de paraitre prétentieux ou par manque de confiance ; c’est notre rôle de nous montrer sous notre meilleur jour et d’insister sur tout ce qui nous distingue positivement.

2. Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle

Don Ruiz nous rappelle que nous ne sommes pas la cause des actes d'autrui et que leurs actes et paroles ne sont qu'une projection de leur propre réalité, de leurs rêves, peurs, colères, ou fantasmes.

En transition, ce principe s’applique d’abord à notre entourage. L’idée de perdre son emploi, pour certains, est une source de peur, d’angoisse ou de honte, et ceux-là ont malheureusement tendance à projeter ces émotions sur l’ami, le fils, la sœur, le collègue à qui cela arrive réellement : tu dois être stressé, cela doit être dur de te retrouver seul à la maison, tu dois être pressée de retrouver, ta femme doit s’inquiéter… Ce sont de pures projections qui ne concernent que ceux qui les formulent. Apprenez à vous immuniser de ces propos pour éviter à la fois des souffrances inutiles et des mauvaises décisions.

Ensuite, pendant un parcours de recherche d’emploi, on peut entendre plein d’opinions ou de jugements qui engagent d’avantage les autres que nous-mêmes : ton CV n’est pas assez classique (j’ai peur de la fantaisie) ; votre parcours manque de cohérence (vous avez osé des choses que j’aurais aimé faire) ; vous aurez du mal à changer de voie à votre âge (nous avons le même âge et je n’aurais pas le courage de le faire) ; tu devrais demander un salaire plus élevé (je me valorise uniquement par mon salaire) ; ton pitch manque de concret (je n’ai pas de réalisations probantes à mettre en avant)… Encore une fois, sans être étanche aux conseils de professionnels, prenez du recul, gardez votre cap tant qu’il vous permet d’avancer et laissez les fantasmes aux autres.

3. Ne faites pas de suppositions

Le 3ème accord nous met en garde contre l’élaboration d’hypothèses de probabilités négatives, pour finir par y croire, comme s'il s'agissait de certitudes. Ruiz veut nous donner le courage de poser des questions et d'exprimer nos vrais désirs pour éviter tristesse, malentendus et drames.

La transposition se fait aisément vers le monde de la transition professionnelle, où on peut supposer tout un tas de choses pour garantir l’échec. On peut supposer, par exemple, que notre dernière expérience de 18 mois sera perçue comme trop courte et donc préjudiciable. On peut supposer que puisqu’on n’est pas bilingue, on sera ridicule en entretien au moment de parler anglais. On peut s’imaginer qu’il y a plein de candidats plus qualifiés, plus expérimentés, plus brillants, plus pistonnés et qu’on n’a aucune chance, alors à quoi bon postuler ? Et avant d’en arriver là, on peut construire de belles hypothèses autour de l’inutilité de faire du réseau, de la mauvaise volonté de toutes nos anciennes connaissances professionnelles à nous aider et de l’impossibilité de décrocher un RDV avec un X quand on n’a fait qu’une fac de province. Eviter les suppositions est, vous l’aurez compris, une prescription essentielle quand on cherche un emploi, à une exception près : supposez toujours que vous avez un vrai talent et que votre prochaine entreprise aura de la chance de vous avoir.

4. Faites toujours de votre mieux.

Pour couronner le tout, Miguel Ruiz nous rappelle qu’il n'y a pas d'obligation de réussir, juste de faire au mieux et que ce "mieux" évolue constamment. En faisant notre mieux on évitera de se juger, de se culpabiliser et d'avoir des regrets. On doit tenter, entreprendre, essayer, tout en étant indulgents avec nous-mêmes, et en acceptant de ne pas être parfait, ni toujours victorieux.

A l’issu de 20 ans dans la même entreprise, ou d’une carrière jusqu’alors faite d’opportunités et d’évidences, une transition « forcée » est nécessairement une période d’apprentissage ; qui n’a jamais eu à chercher ne sait probablement pas chercher. Vous allez forcément donc faire des erreurs, essuyer des échecs et certains jours avoir envie de tout plaquer pour faire le tour du monde (why not ?). Et tout cela est parfaitement normal. Le tout c’est d’éviter l’auto-flagellation et de continuer à avancer. Et les jours où rien ne fonctionne, faites-vous plaisir, demain est un autre jour.

Si vous avez parcouru cet article sans avoir lu les Quatre Accords Toltèque, j’espère vous avoir donné envie de le faire. Et si vous êtes en transition professionnelle, inspirez-vous en pour aborder cette période avec encore plus de philosophie et sérénité.

 

Dean Groman