La communication interculturelle au travail : une affaire de contexte.

Saviez-vous qu’il y a sept fois plus de mots en anglais qu’en français ? Eh oui, c’est vrai : la langue de Shakespeare en comporte environ 500 000, alors que celle de Molière « seulement » 70 000. Est-ce que cela veut dire que l’anglais est une langue plus riche que le français ? Si j’étais chauvin, je répondrais dans l’affirmatif. Heureusement je ne le suis pas, et de surcroit le problème est mal posé.

"Bored" ou "annoyed" ?

Le vocabulaire anglais est, en effet, plus riche. Par exemple, l’anglais possède trois mots dérivés de la même racine latine du mot « horrible » en français : horrible, horrific, horrendous, chacun avec un sens légèrement différent. On pourrait dire que « horrific » se rapproche du mot « atroce » en français, mais on retrouve aussi le mot « atrocious » en anglais. A l’inverse, le mot « ennuyé » se traduit en anglais de deux manières très divergentes selon le contexte : « bored » ou « annoyed », deux mots ayant des sens très différents. Ce dernier exemple est clé, car c’est bien le contexte qui est la principale source de cette divergence entre les deux langues et qui fait que le la langue française tire sa richesse d’ailleurs…

Une question de contexte

En effet, les pays où l’anglais est la langue maternelle principale possèdent une culture de communication « à contexte faible », alors qu’en France on communique sur la base d’un contexte plus fort. Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Tout simplement que dans le premier cas, aux États-Unis, par exemple, on suppose un niveau de contexte commun relativement faible entre les interlocuteurs, alors qu’en France ce niveau est plus fort. Et si on y réfléchit, c’est assez logique : les États-Unis sont une terre d’immigrés relativement récents, qui a réuni en peu de temps des gens de pays, de cultures et langues très diversifiées. Pour se comprendre, les personnes devaient donc être très précises dans leur manière de désigner les choses et les idées, d’où le recours à un vocabulaire très riche : pour chaque chose son mot.

Comme un vieux couple

La France, en revanche, est un pays qui s’est constitué et stabilisé culturellement et linguistiquement il y a plus longtemps. Il existe donc un contexte partagé entre les français qui est plus fort, solide, ancré. On se connait bien, et depuis longtemps, on a donc besoin de moins de mots pour communiquer. A l’instar d’un vieux couple de mariés, on a à peine besoin de parler pour se comprendre. Et c’est vrai qu’en France le sous-entendu et le deuxième degré sont beaucoup plus utilisés que dans mon pays natal, où, même si on apprécie l’ironie, l’absurdité et même la litote, dans la vie courante et surtout au travail on préfère une communication plus précise, plus directe, moins codifiée. Parmi les pays où on communique avec un contexte faible, le Japon est roi. Et là encore, vu l’histoire de ce pays isolé, millénaire, on peut le comprendre. Le japonais comporte d’innombrables homophones, des mots ayant la même sonorité mais différentes orthographes et surtout significations.

I don’t understand…

Quelle est la conséquence de ce phénomène dans le travail ? Eh bien, entre cultures à « niveau de contexte divergent » on a parfois du mal à se comprendre.  Quand un patron américain donne des consignes à un collaborateur japonais, ce dernier peut penser que son boss le prend pour un idiot à force de rentrer dans des détails et un niveau de précision qu’il considère superflus. Au contraire, un français peut passer à côté du message de son client japonais qui, quand il dit que le produit "nécessitera peut-être encore quelques tests", veut dire qu’il est pour l’instant totalement inadapté au marché local. Comment faire ?

Écoutez et répétez

Si vous venez d’une culture à contexte relativement fort et vous voulez communiquer avec une culture à contexte faible (France-Japon, par exemple), surtout écoutez avec beaucoup plus d’attention, et demandez des clarifications si vous doutez qu’on se soit compris. A l’inverse, en venant d’une culture à contexte relativement faible, pour communiquer avec un peuple à contexte plus fort (France-US, par exemple), efforcez-vous d’être plus transparent, spécifique et clair. Dans les deux cas, et comme dans la plupart des situations interculturelles, il est également très intéressant de faire du « méta », c’est-à-dire d’expliquer ces différences de niveau de contexte, en y mettant de l’humilité et de l’humour. Une fois que les différences sont comprises et acceptées, on peut pardonner plein de petites maladresses.

Tout est relatif

Dernière remarque : vous observerez dans mon dernier paragraphe que les français peuvent se retrouver des deux côtés de l’équation. Ceci illustre bien que dans l’interculturel il n’y a pas d’absolus ; c’est la position relative de votre culture par rapport à celle que vous souhaitez adresser qui est clé et qui doit donner le ton à votre style de communication.

 

Dean Groman

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